Atelier de lancement du projet : conclusions générales
Réalisé dans le cadre des Etats généraux culturels méditerranéens à Marseille organisés dans le cadre de la Présidence française de l'Union européenne, les 4 et 5 novembre 2008, l'atelier "Traductions, écrits, bibliothèques" marque le lancement du projet "Traduire en Méditerranée". Nous livrons ci-après les conclusions telles que fournies par le groupe de travail.
Conclusions
"Placé sous le signe d’un travail collégial visant à poser les bases d’un chantier de longue haleine, l’atelier « Traductions, écrits, bibliothèques », conduit par Ghislaine Glasson Deschaumes, s’est révélé très dense et positif, malgré les nombreux et sérieux problèmes organisationnels dont il a souffert. Outre l’absence inexpliquée de certains participants ayant confirmé de longue date leur participation, qui a été regrettée, et les problèmes récurrents d’organisation et de communication, qui ont constitué un handicap, les participants ont déploré l’absence de en traduction simultanée de l’arabe et vers l’arabe, qui constitue pourtant une condition de tout travail euro-méditerranéen.
En dépit de ces contraintes, ils ont mené un travail particulièrement constructif, qui débouche sur la mise en place d’un projet fort en matière de traduction en Méditerranée, et sur des pistes de travail à explorer plus systématiquement en ce qui concerne les bibliothèques. (A la suite de désistements de dernière heure, ce volet n’a pu faire l’objet des développements programmés initialement.)
Dès 2009, un certain nombre d’actions pilotes pourront être menées dans le cadre du projet « traduire en Méditerranée », et une initiative régionale à destination des bibliothèques sera développée.
Les éléments de conclusion collectés par Hélène Bouchardeau et présentés par Sofiane Hadjadj en session plénière de clôture, résultent de l’élaboration commune menée par tous les participants en clôture de l’atelier.
Principes
En préalable à la définition d’un programme concret d’action, les participants à l'atelier « Traduction, écrits, bibliothèques » se sont accordés sur les principes suivants :
1. Les langues ne sont pas seulement des outils de communication, des langues de service, mais des langues de culture. Elles nourrissent des mondes, et sont nourries par eux. La traduction doit ainsi être considérée dans sa portée la plus large.
2. Traduire contribue à développer et à enrichir la langue; il s’agit de traduire non des informations, mais des œuvres; il s’agit de contribuer au développement des savoirs par la traduction.
3. Ce sont des personnes qui dialoguent, pas les cultures.
4. La traduction ne s'effectue jamais en terrain neutre, elle se déroule sur fond de rapports de force. En outre, la Méditerranée est une aire de conflits, et traduire permet d'affronter le différend. Il n'y a pas de débat sans cette confrontation des différences et des différends.
5. Il faut prendre à la fois en compte, dans la démarche, la dimension commune des problèmes partagés et les spécificités propres à chaque langue, chaque contexte, local, national, etc.
6. La traduction et sa relation au savoir doivent être reliés à l'objectif global de développement des sociétés.
7. L'atelier « traductions, écrits, bibliothèques » mené lors des Etats généraux culturels méditerranéens a constitué une opportunité exceptionnelle pour discuter entre experts et acteurs de problèmes dont il n'est jamais possible de parler ailleurs. Les participants appellent donc à poursuivre cette dynamique, afin de mettre en commun des expériences jusqu'ici fragmentées, isolées, non coordonnées.
Concrètement
1. Le projet « Traduire en Méditerranée » existe. C'est un travail collectif de mise en réseau, d’inventaire, de coordination et de développement fédérant différents types d'acteurs, sous forme de projets et d'actions pilotes. Il répond avec justesse à un manque, à un vide.
2. Sa mission prioritaire est la création d'un inventaire, d'un état des lieux révisé annuellement, indépendant, mené par un réseau de partenaires en coordination souple. Cet inventaire porte sur la qualité plus encore que sur la quantité des œuvres traduites (littérature, sciences humaines et sociales, théâtre), il porte sur les acteurs (individus et groupes de traduction, centres de recherche, instituts, bibliothèques, fondations, etc.), les contextes spécifiques, les aides à la traduction existantes, l'histoire culturelle et sociale de la traduction et les différentes définitions qui en sont données, les publics. Il s'inscrit dans une démarche cumulative, susceptible de conserver l’archive et de mettre en perspective des traductions et des travaux passés. Il est avant tout qualitatif et sa mission est également celle de l’interprétation des résultats, en vue de recommandations et de propositions. En ce qui concerne l’audio-visuel, le terrain pourra être exploré à partir des initiatives euro-méditerranéennes existantes ou celles ayant émergé lors des Etats généraux culturels méditerranéens.
3. Le projet « Traduire en Méditerranée » vise à améliorer la formation des traducteurs (et de tout autre acteur impliqué) en leur proposant un terrain de rencontre et de travail collectif sur des champs de savoir thématisés ainsi que sur des auteurs.
4. Il développe une épistémologie de la traduction dans le monde méditerranéen, notamment en fédérant les réseaux de recherche et en stimulant la recherche sur des champs non explorés.
5. Il encourage la diffusion des œuvres traduites, en tenant compte notamment du rôle des bibliothèques et de leur potentiel de coopération au niveau méditerranéen. Il cherche à susciter le désir de traduction auprès des publics.
6. Il mène une action visant à structurer le métier d'éditeur, et travaille sur les évolutions du marché et donc des conditions de traduction. Il favorise les contacts entre éditeurs susceptibles de mettre leurs efforts en commun pour développer des pratiques de traduction aux exigences qualitatives élevées et pour favoriser la diffusion des œuvres traduites. Ultérieurement, les libraires devront être associés aussi.
7. Il contextualise la traduction par rapport aux nouveaux médias, et utilise les nouveaux moyens de communication pour mettre en commun des informations, des travaux, des fonds.
8. Des actions pilotes coordonnées par Transeuropéennes et appuyées sur un groupe de suivi associant les participants de l’atelier de Marseille, pourront être engagées dès 2009, à savoir notamment :
- Lancement de l’inventaire « traduire en Méditerranée » ;
- Première réunion d’éditeurs de la région ;
- Premier atelier collectif de traduction thématique ;
- Rencontre coordonnée par l’Institut du Monde Arabe sur « bibliothèques et traductions »
En conclusion, les participants en appellent donc à une mobilisation des pouvoirs publics (internationaux, régionaux, nationaux, locaux), aux fondations et acteurs privés, à l’ensemble des acteurs intéressés pour contribuer rapidement à la concrétisation des objectifs énoncés et des actions pilotes décidées à Marseille les 4 et 5 novembre 2008, qui constituent une condition sine qua non pour une véritable circulation des œuvres de la pensée et de l’imaginaire en Méditerranée."